Changer ou ne pas changer

Partie 2 - Chapitre 10

CHANGER OU NE PAS CHANGER

Nadia est une jolie femme de trente ans, célibataire et maîtresse d’un homme marié – qui ne divorcera pas pour elle. Elle a un job bien payé, selon ses propres termes. Il l’amène, une dizaine de fois par an, à voyager pour des missions en France, en Grande-Bretagne et en Allemagne et à croiser dans le milieu de certaines professions libérales plutôt valorisées. Elle a fait des études allant jusqu’au BAC+4, est trilingue ; son milieu familial appartient à la bourgeoisie aisée. Et Nadia vit dans son propre appartement, dans un très agréable décor.

Résumons : elle est belle à regarder, disponible, intelligente et cultivée, d’un milieu social favorisé, a de l’argent, voyage et rencontre des gens que tout le monde considérerait comme potentiellement intéressants.

On pourrait dire que, si tout cela n’entraîne pas automatiquement le bonheur, cela devrait plutôt y contribuer.

Mais voilà, Nadia sait utiliser le pouvoir des mots pour se rendre malheureuse : sa famille est « nulle » ; son job, c’est l’ « ennui mortel » ; les gens qu’elle rencontre, tous les gens qu’elle rencontre : « Oh, ils sont c... » ; les voyages : « Bof, j’en ai rien à cirer, ça ne m’intéresse pas. » ; sa beauté physique : « Vous trouvez ? Et pour ce à quoi ça me sert ! De toutes façons, j’ai ci et ça qui ne va pas. » ; son intelligence : « Ouais, mais à quoi ça me sert puisque je ne suis pas heureuse ? » ; l’argent et le chez soi : « Pfff, ça m’est égal, tout ça. » ; son partenaire : « Il est marié... de toutes façons, je m’en fous, je ne mérite rien de mieux. » ; la sexualité : « Je ne sais même pas à quoi ressemble un orgasme – je ne me masturbe même jamais. ».

Allons bon ! Voilà une illusion – et même une série d’illusions – nuisible, ou je ne m’y connais pas.

Nadia a fait deux tentatives de suicide et vient chercher du secours pour échapper à la souffrance qu’elle ressent – ce sentiment de vide, d’inutilité, de carence, de froid –, pour échapper aussi à toute cette négativité qu’elle attache à elle-même et à tout son vécu. Et il est vrai que ce qu’elle vit, l’illusion qu’elle cultive, est plus près de la mort que de la vie.

Si Nadia utilise à la perfection le pouvoir des mots, elle sait aussi très bien utiliser le pouvoir des images pour se plonger dans la déprime : « Je tire toujours la tronche face à la famille – qui me le rend bien – » ; « L’ambiance, au boulot, c’est la grisaille. » ; etc.

L’Inconscient de Nadia (l’Inconscient de chacun) sait très bien lire ce langage. Au fil de la « cohabitation » corps-Conscient-Inconscient, sur toutes ces années de la vie, le visuel et l’auditif en rapport avec la joie, l’enthousiasme, l’énergie... se sont révélés tout à fait différents de ceux qui sont connectés à la tristesse, à la dépression, à l’angoisse, à l’autodévalorisation...
Cela veut dire que, pour peu que vous utilisiez le « langage » qui signe l’abattement, votre Inconscient et votre RAS vont comprendre que c’est cela que vous voulez : être abattu. Et faites leur confiance, ils vous rendront ce service, puisqu’ils cherchent à vous aider. Mais vous leur aurez fait passer là un bien nuisible message !

Plaisir ? Douleur ?

Vous allez dire : « Mais je croyais que mon Inconscient cherche à me faire éviter la souffrance ? ».

Certes. Une digression apparaît ici nécessaire : voilà venu le moment de vous parler de la souffrance et du plaisir.

Sans forcément parler de masochisme, où s’arrête la souffrance et où commence le plaisir ? Que celui qui peut donner une réponse définitive lève le doigt – moi, je ne le peux pas. Car enfin, qu’est-ce qui oblige certains à se vautrer dans la déprime ? Ou à cultiver la sinistrose et la négativité ? Des problèmes psychologiques – mais que recouvre ce terme ? La « fatalité » – alors pourquoi eux en sont-ils victimes et pas tout le monde ? Ou un certain plaisir – même s’il n’est pas reconnu comme tel ?...

Il y a une théorie sur la souffrance qui ne manque pas d’intérêt : celle de la « volonté de puissance ». Schématiquement expliquée : le fait d’être malade, névrosé, déprimé, mal en point – ou insuffisant, maladroit, échouant –, donne de la puissance sur autrui. En effet, les proches, les familiers, mais aussi les personnes extérieures, même exaspérées, prendront plus de gants, auront plus d’égards et de soins pour quelqu’un qui a des problèmes que pour quelqu’un qui est en pleine forme et qu’on peut laisser se débrouiller sans aide.

Dans ce cas (ne généralisons toutefois pas), l’équation est : maladie, névrose, dépression, échec = puissance sur autrui. En guérir = perdre sa puissance sur autrui. Donc, à un niveau inconscient, est compris le fait qu’il vaut mieux ne pas en sortir – entre deux maux, on choisit toujours le moindre.

Je ne veux nullement dire que chaque personne qui vit des difficultés relève de ce mécanisme-là. Mais il y en a beaucoup, et nous en connaissons tous.

Ce que je veux dire par contre, c’est que, sauf dans des cas vraiment pathologiques, il y a toujours moyen de sortir de ces difficultés d’être : mais pour cela, il faut déjà se mettre au clair avec la question posée sur le tableau 11.

Répondre honnêtement à ce tableau est déjà lever un pan du voile sur le pourquoi des difficultés et sur la réelle motivation à changer. Je livre cela à vos réflexions et je voudrais illustrer ceci par ce qui suit.

Un charmant vampire

Nous avons des amis allemands, un couple dont la femme répond au joli nom de Petra. Elle est près de la cinquantaine, a deux filles adultes, deux chats, deux chiens, des poissons rouges et des perruches et elle vit dans un foyer très confortable. Son mari l’appelle : « Mon gros bébé », et elle est vraiment un gros bébé. Pas une femme-enfant, un bébé : voix, façon de parler, réactions et maladresses d’enfant. Elle est si adorable que tout le monde lui pardonne ses bêtises, ses inattentions (qui ont parfois coûté cher : linge brûlé, portières de voitures enfoncées, montre non-étanche inondée, perte de sac à main, et même début d’incendie dans sa cave car elle y avait oublié une bougie allumée, et j’en passe), ses retards systématiques à ses rendez-vous (quand elle ne les oublie pas !). Son côté « tête en l’air » est devenu proverbial dans sa famille. Ses filles apparaissent plus matures qu’elle et l’aident souvent à se souvenir de ce qu’elle doit faire, lui corrigent orthographe et grammaire lorsqu’elle écrit. Son mari est aux petits soins et, en fait, elle obtient tout ce qu’elle veut de son petit monde familial et amical.

En réalité, Petra est un petit vampire. Elle a, comme nous tous, des dizaines de milliards de neurones dans sa boîte crânienne et est tout à fait capable d’être autonome lorsqu’elle y est acculée. Elle a néanmoins, même si pas consciemment, mis au point un magnifique système pour éviter les conflits, pour qu’on lui « mange dans la main », et pour que ses proches lui restent : elle se comporte comme quelqu’un qui a besoin d’être assisté, ce qui lui attire le plus souvent la protection amusée et l’aide spontanée d’autrui. Autrui y trouve son compte aussi, d’ailleurs : aider, protéger, c’est manifester une forme de supériorité implicite, cela fait plaisir.

C’est tout de même pernicieux, car comment voulez-vous qu’on abandonne un « gros bébé » ? Les deux filles de Petra ne parviennent pas à s’équilibrer affectivement et semblent avoir bien du mal à quitter le foyer parental.
En réalité, si Petra joue ce jeu, c’est parce qu’elle a très peur au fond d’elle de perdre ses repères, et que ses familiers aillent ailleurs vivre leur vie. Alors, elle se débrouille pour passer pour une adorable idiote, assume tous les commentaires négatifs qui pleuvent sur ses incompétences, ses insuffisances, etc. – et elle reste ainsi tout à fait en-dessous de ses possibilités réelles –. Et elle a ainsi un grand pouvoir sur autrui.

Or, j’ai vu Petra à l’oeuvre et je sais qu’elle est capable de réactions tout à faits adaptées, efficaces, précises, lucides et pointues : il y a quelques années, en vacances, elle et moi nous promenions dans une campagne inconnue. Une voiture percuta un chien errant et continua sa route. Petra s’est métamorphosée instantanément : elle a pris les choses en main avec une efficacité surprenante et le chien blessé s’est retrouvé en une demi-heure sur la table de soins d’un vétérinaire. Il fut ainsi sauvé, guéri puis placé par Petra dans une bonne famille par la suite.

Pendant cette demi-heure là, entre l’accident et le cabinet du vétérinaire, Petra fut une toute autre femme, le regard aigu, la bouche ferme, l’énergie disponible, le geste sûr et l’action ciblée. Et après que fut tombé le diagnostic rassurant du vétérinaire, son personnage de « gros bébé » a refait son apparition.
Les êtres humains sont capables de ces métamorphoses... On a vu, m’a-t-on dit, de faibles femmes soulever une lourde voiture pour en dégager leur enfant, preuve encore s’il en est besoin que les ressources dont on dispose sont toujours plus grandes qu’on ne le croit.

Alors, si Petra souhaitait vraiment (ce n’est pas le cas jusqu’à ce jour) sortir de son personnage d’assistée et de protégée, et qu’elle doive préalablement répondre au questionnaire du tableau 11, il est très certain qu’elle se rendrait compte des choses suivantes : en changeant son comportement, elle perdrait d’énormes avantages. Et croyez-vous qu’alors, sa motivation à changer se maintiendrait facilement ? Essayons de répondre pour elle à ce questionnaire. Voyez le tableau 12.
“““““

Si vous avez bien examiné les réponses de Petra, dans le tableau 12, vous comprenez maintenant ce que je voulais dire lorsque je vous parlais, plus haut, des avantages que l’on peut retirer, en termes de pouvoir sur autrui, de ses propres insuffisances.

Revenons brièvement à Nadia. Les avantages qu’elle retire de ses attitudes et jugements négatifs sur tout ce qu’elle vit s’énoncent aussi en termes de pouvoir sur autrui :

  • Sa famille ne lui demande jamais rien et se contente, sans faire de réflexions, du peu que Nadia consent à lui consacrer.
  • Ses parents, aussi bien que son amant, filent droit, ne lui font ni reproches ni ne lui demandent d’explications. Ils agissent et lui parlent avec infiniment de précautions pour essayer d’éviter ses coups de gueule et coups de déprime (qui arrivent tout de même, inévitablement).
  • Au travail, on n’attend rien de plus d’elle que le nécessaire, on essaye de l’amadouer et on lui facilite au maximum les choses.
  • Quant à ses amies, elles sont au garde-à-vous à la moindre alerte, au moindre coup-de-fil-appel-au-secours, et certaines d’entre elles laissent tout tomber séance tenante pour aller remonter le moral de Nadia, terrifiées à l’idée qu’elle pourrait revider son pot de somnifères encore une fois...

Mes livres

Je suis auteur d'articles scientifiques et de livres de psychologie :


  • -Bien vivre, Mal vivre/ à vous de choisirInterEditions

  • -Communiquer avec les autres, c'est facile !Éditions de L'Homme

  • -Bien se connaître pour bien piloter sa vieInterEditions

  • -Vous n'aimez pas ce que vous vivez ? Alors, changez-le !Marabout (épuisé)


  • -Éliminez vos peurs et blocages - avec les Métaphores ThérapeutiquesNeo Cortex éd.


  • -Angoisses, anxiété - Comment vous en délivrerNeo Cortex Ed.


Avec Michel Nachez :

  • -Technostress TechnophophieÉditions de L'Homme



Et, avecDonald Akutagawa et Terry Whitman:

  • -Mêlons-nous de nos affaires : nos territoires et ceux des autres dans la vie personnelle et professionnelleInterEditions