Le R. A. S.

PARTIE 1 - Chapitre 3

LE R. A. S.

C'est une nuit d'été et un orage violent éclate. Le tonnerre fait trembler les murs. Dans la chambre à coucher dort profondément une jeune femme, mère d'un bébé d'un mois, qui est là, aussi, dans son berceau. Ni les éclairs dont la lumière traverse les persiennes baissées, ni les grondements du tonnerre ne réveillent la jeune maman. Mais subitement, la voilà qui ouvre les yeux et se redresse. Que s'est-il passé, pour la tirer ainsi de son profond sommeil ? Presque rien : le bébé s'est mis à "gazouiller". Et ce que ni tonnerre ni éclairs ne sont parvenus à faire, le faible vagissement de l'enfant l'a provoqué : le réveil immédiat de la femme.

Voilà un exemple de l'action d'un mécanisme neurologique que nous possédons tous : le RAS.

Vous aussi, vous aimez les trèfles à 4 feuilles ?

Un de nos amis, René, a une particularité qui étonne toujours tout le monde. Il a "l'oeil tiré" par les trèfles à quatre feuilles. Est-il superstitieux ? Cherche-t-il la chance ? Je ne sais. Mais je l'ai vu souvent se promener dans la campagne, bavarder tranquillement avec nous et subitement s'arrêter, se pencher et cueillir "le" trèfle à quatre feuilles, le seul, l'unique, parmi tous les trèfles à trois feuilles qui se trouvaient à ses pieds. René ne cherchait pas spécialement, ni même ne s'attendait à en trouver. Il était présent dans la conversation, son regard allait de l'un de nous à l'autre ou embrassait le paysage, il faisait des gestes des mains pour appuyer ses paroles... Et puis, il s'arrêtait en plein milieu d'une phrase, se penchait et ramassait le trèfle à quatre feuilles. Je l'ai vu, un jour, en trouver ainsi une dizaine sur un kilomètre environ de balade dans la verdure. Inutile de vous dire que René est imbattable. Personne que je connaisse ne lui arrive à la cheville pour la collection de ces trèfles dont on dit qu'ils portent bonheur. Il est vrai que le bonheur attire René...

Voilà donc un autre exemple de l'action du RAS.

Et le Japon ?

Marianne rencontre un Japonais de belle prestance et en est vite éprise. Comme toute femme amoureuse, elle se passionne pour tout ce qui concerne son partenaire : sa culture, ses traditions, sa langue, son pays, son peuple, etc. Et c'est fou ce que Marianne rencontre alors qui concerne le Japon : des expositions, des articles dans les journaux et revues, des opérations commerciales, des livres, des objets d'art et d'artisanat, des documentaires et des films, des conférences, des cours, des affiches, des spectacles, la mode et j'en passe.

Et puis, la vie est ce qu'elle est, et Marianne cesse d'être amoureuse du beau Japonais et donc du Japon. Et elle ne voit presque plus rien sur ce pays, si omniprésent pour elle auparavant.

Que s'est-il passé ? Est-il possible que, juste pour Marianne et juste pour la durée de sa passion, son environnement ait été rempli de choses concernant le Japon ?

Non : avant et après cet épisode de la vie de Marianne, le monde était tout aussi marqué par des informations multiples touchant au Japon. C'est le regard de Marianne qui avait changé : le Japon, devenu important pour elle, lui est apparu omniprésent - chaque fois qu'elle passait à proximité de quelque chose concernant cette partie du monde, son oeil et son attention étaient comme attirés irrésistiblement -.

Avant, elle était aveugle au Japon et après, elle l'est redevenue.

Très utile, le RAS !

Qu'est-ce donc alors que le RAS ?

RAS ne veut pas dire "rien à signaler" ! Bien au contraire, le RAS a tout à vous signaler pour peu que cela soit important pour vous, comme l'est l'enfant pour la mère ou le Japon pour Marianne. RAS sont les initiales de Reticulated Activator System. Ce terme barbare recouvre un mécanisme que nous possédons tous dans notre système nerveux : c'est le mécanisme de sélection de notre cerveau. Il sélectionne et attire votre attention vers ce qu'il croit important pour vous.

Vous l'avez vous-même vu à l'oeuvre, c'est sûr. Souvenez-vous en. Peut-être avez-vous fait un projet dans un certain domaine. Et vous êtes tombé alors, souvent par hasard, sur des tas de choses, informations, filons, détails... concernant votre idée, vous amenant à affiner votre démarche. Plus simplement, imaginons que vous avez très envie de vous offrir, par exemple, ce Land Rover 90 Station Wagon. C'est une voiture assez rare en France : je crois savoir que seulement quelque 800 Land Rover de tous les millésimes depuis 1940 roulent dans l'Est de la France où j'habite, ce qui est vraiment peu par rapport à l'ensemble du parc automobile de ces départements. Très peu de gens voient un Land Rover en passant à côté : vous, oui, à tous les coups, que ce soit de près, de loin, à la télé, au cinéma, dans les journaux, publicités ou ailleurs. Vous, oui, et systématiquement : il est très peu probable que si un Land Rover apparaît dans votre champ visuel, vous le ratiez. Car votre RAS, qui sait que ce véhicule vous intéresse, attirera votre attention immédiatement sur lui.

Autre exemple du travail du RAS : dans la mesure où votre confort est important pour vous, votre RAS vous rend généralement totalement inattentif aux pressions et frottements divers de vos vêtements sur votre corps. Mais le léger contact d'une mouche sur votre bras, et votre RAS réagit tout de suite.

Ou bien vous avez peut-être été dans un hall de gare ou d'aérogare, attendant l'arrivée du train où le moment de l'embarquement. Pour passer le temps, vous lisiez un livre ou pensiez à vos plans pour le lendemain. Vous parveniez à vous concentrer sur cela, malgré le brouhaha intense et le remue-ménage qui vous entouraient. Votre RAS baissait le "bouton du volume" lié à l'environnement et "montait le bouton" amplifiant votre attention sur votre lecture ou vos cogitations...

Vous voyez, il est certain qu'en cherchant un peu, vous retrouverez le souvenir de l'action de votre RAS. Et en analysant un peu, vous vous rendrez compte que votre RAS vous a bien servi : il vous a rendu attentif à des éléments ou à des informations auxquels vous auriez été aveugle sans lui.

Et comment croyez-vous que votre RAS décide de ce qui est important pour vous ?

Un cadre qui broie du noir

Je ne vous ai donné ci-dessus que des exemples agréables de l'action du RAS : les trèfles porte-bonheur ou les merveilles du Japon pour une femme amoureuse... Mais toute médaille a son revers, vous allez le voir.

Claude, cadre supérieur, 47 ans, vient d'être licencié pour cause économique. Il touche un chômage confortable pour une certaine durée, il a un patrimoine et toujours ses diplômes et un curriculum vitae correct. S'il regarde bien les choses, il peut constater que rien n'est perdu, qu'il ne va pas être sous les ponts et qu'il peut se retourner. Mais il sait que dans la conjoncture actuelle (où on licencie plus les cadres qu'autrefois) cet état de fait, ainsi que son âge, le rendent plus difficilement recasable. Et Claude va s'hypnotiser là-dessus. Il va rapidement accorder une importance démesurée aux obstacles - âge et conjoncture - et perdre de vue de ce fait tous les atouts dont il dispose en réalité.

A partir de là, Claude va voir, "gros comme une maison", tout ce qui va dans le sens des obstacles, et être complètement aveugle et sourd à tout ce qui va à l'encontre de cela. On a beau lui dire qu'il peut trouver un job valable, lui montrer des perspectives positives, lui affirmer qu'avec ses acquis il peut même valablement se mettre à son compte... Ces arguments se cassent sur le mur de son "aveuglement spécifique". Par contre, une conversation entendue par hasard à la table d'à côté, dans laquelle il est vaguement question d'"Untel qui végète après son licenciement", lui parvient clairement aux oreilles - alors que Claude n'est pas du genre à écouter les discours émis par des étrangers alors qu'il est au restaurant -. Mais là, il est réceptif.

En fait, tout ce à côté de quoi il passe, que cela le concerne ou non, informations, statistiques, annonces, anecdotes, etc..., et qui va dans le sens de sa conviction qu'il est "trop vieux pour", il va le voir instantanément, même si c'est perdu dans une masse d'autres choses, voire au milieu de données qui disent le contraire.

C'est ainsi par exemple que Claude a l'oeil attiré par un article titré : "Cadres - le temps des fayots -" (Le Point n°1109), qui dit que des "cadres, d'ordinaire peu portés à faire le dos rond, mais angoissés par la menace du licenciement, du chômage, se livrent à une carpétisation rampante (...), symptôme d'une angoisse indicible". Mais il ne perçoit pas d'autres titres dans d'autres revues, qui sont plus optimistes.

Vous voyez à quoi je veux en venir ? Au RAS, bien sûr...

L'attitude, le comportement, la conviction que s'est fabriqué Claude, tout cela a dit à son RAS qu'une importance majeure est à accorder aux difficultés de l'économie et du marché du travail. Et, en bon "serviteur", le RAS "branche" Claude là-dessus à chaque fois qu'il passe près de quelque chose concernant ces domaines. Cela ne manque pas, bien sûr, d'alimenter la dite conviction et de conforter Claude dans cette attitude, cette croyance, ce comportement. Et "passe à l'as" tout ce qui va à l'encontre de cela : ce n'est ni perçu, ni enregistré, ni vu, ni écouté. Même lorsque c'est là, et tout aussi évidemment que le contraire.

L'image d'une radio, c'est une bonne métaphore pour le RAS : tout se passe comme si le RAS choisissait le poste que vous allez écouter et que, ce faisant, il élimine toutes les autres stations émettrices et leurs programmes.

Le RAS contrôle donc votre attention sélective, ce qui a pour corollaire inévitable ce que j'appelle "l'aveuglement spécifique". Si on se souvient que seulement, au maximum, 5 à 9 informations simultanées peuvent se trouver dans le champ de la conscience, on conçoit tout l'intérêt du RAS, qui est un petit organe de la taille d'un petit doigt (appelé aussi Formatioreticularis System), profondément enfoui dans le cerveau.

A partir de là, il faut se poser une question : comment votre RAS sait-il que quelque chose est important pour vous ?

Pour ce qui concerne votre confort et votre survie, il ne risque pas trop de se tromper. Mais dans les autres domaines ? Comment sait-il que le Japon est devenu important pour Marianne ? Ou que le licenciement de Claude signe l'inéluctable fin de son avenir professionnel ?

IL LE SAIT, PARCE QUE CELA LUI A ETE COMMUNIQUE.

En fait, tout se passe comme si le RAS était l'une des instances de l'Inconscient et que ce dernier influait sur la sélection opérée par le RAS. En d'autres termes, tout se passe comme si l'Inconscient "disait" au RAS ce qui est important maintenant.

La bonne question n'est donc plus : "Comment le RAS sait-il que quelque chose est important pour vous ?". Mais : "Comment l'Inconscient sait-il que quelque chose est important pour vous ?". La réponse est simple : parce que vous le lui avez communiqué.

La façon dont vous le lui avez communiqué fait l'objet des chapitres suivants. Avant de les aborder, continuons à nous interroger : "Et si l'Inconscient se trompait dans l'importance à accorder à telle chose ?" Eh bien, le RAS va vous "brancher" sur les informations inadéquates.

Vous vous rendez compte de l'importance de ceci ?

Cela veut dire que vous ne devez pas laisser votre RAS décider tout seul de ce qui est utile pour vous.

DITES-LE LUI !

Prenez les rênes et guidez cette merveilleuse "tête chercheuse" que vous avez dans le cerveau, afin qu'elle vous « branche » sur ce qui est positif pour vous - et non pas le contraire ! - : sur les solutions aux problèmes, sur votre évolution, sur vos intérêts, sur vos objectifs...

Dites-le lui consciemment : voilà encore un des moyens pour sceller l'alliance entre votre Conscient et votre Inconscient, et vous faire devenir un humain « complet ». Vous allez apprendre, tout au long de cet ouvrage, comment efficacement communiquer avec votre Inconscient pour cela.

Mais pour l'instant, revenons au cas de Claude. Claude a communiqué à son Inconscient le fait que son âge l'éliminait d'un rebond professionnel, que c'était évident et inéluctable compte tenu de la conjoncture collective. A partir de là, tout s'est passé comme si l'Inconscient, ayant reçu ce message, l'a transmis au RAS qui s'est mis en chasse de tout ce qui allait dans le même sens, pour le signaler à l'attention du Conscient de Claude. Le Conscient en devenant d'autant plus conforté dans cette certitude. Cercle vicieux...

Considérons que, dans le même temps, d'autres cadres du même âge ont perdu leur emploi et que certains en ont profité pour penser à régénérer leur vie professionnelle - et y ont réussi. Alors, quelle est donc cette « vérit »" de la situation de Claude ? Et si cette « vérité » était fausse, était une interprétation erronée de cette situation, UNE ILLUSION ?..

Alors, vous allez maintenant découvrir comment vous pouvez...

Mes livres

Je suis auteur d'articles scientifiques et de livres de psychologie :


  • -Bien vivre, Mal vivre/ à vous de choisirInterEditions

  • -Communiquer avec les autres, c'est facile !Éditions de L'Homme

  • -Bien se connaître pour bien piloter sa vieInterEditions

  • -Vous n'aimez pas ce que vous vivez ? Alors, changez-le !Marabout (épuisé)


  • -Éliminez vos peurs et blocages - avec les Métaphores ThérapeutiquesNeo Cortex éd.


  • -Angoisses, anxiété - Comment vous en délivrerNeo Cortex Ed.


Avec Michel Nachez :

  • -Technostress TechnophophieÉditions de L'Homme



Et, avecDonald Akutagawa et Terry Whitman:

  • -Mêlons-nous de nos affaires : nos territoires et ceux des autres dans la vie personnelle et professionnelleInterEditions